La Vie électrique

Albert Robida est de ces visionnaires méconnus. En 1892 il avait tout vu, tout prévu. Écrivain, caricaturiste et visionnaire du XIXe siècle, souvent considéré comme le pendant plus satirique et social de Jules Verne, il imagine dans La Vie électrique, un futur proche où l’électricité a bouleversé tous les aspects de la vie quotidienne.
Lecture
03 Août.

Ce roman génialement illustré par l’auteur s’inscrit dans sa série de romans d’anticipation commencée avec Le Vingtième siècle (1883) et poursuivie avec La Guerre au vingtième siècle (1887)

Robida anticipe avec un brio remarquable plusieurs avancées qui se réaliseront au XXe et XXIe siècles : des transports aériens électriques (similaires à nos drones ou taxis volants), le téléphonoscope, une sorte d’écran de communication visuelle qui vous fera diablement penser à vos visioconférences quotidiennes, une maison entièrement électrifiée et automatisée (et hop, vive la domotique).

Plus avant, il prévoit les médias en continu, diffusés dans les foyers, alors même que la presse écrite ne laisse envisager quoi que ce soit d’autre tant elle est puissante à l’époque. Et que dire de l’électrothérapie, une médecine qui soigne à distance…

Il a l’intuition d’une société ultra-connectée, où l'électricité est omniprésente, du ménage à la guerre

Robida n’est pas simplement un auteur de science-fiction ; c’est aussi un satiriste. Il utilise la technologie comme miroir critique de la société bourgeoise de son temps. Ainsi nous parle-t-il d’aliénation technologique : les personnages de son roman sont dépendants des machines au point de perdre toute autonomie. Et il sait la standardisation des goûts et opinions, conséquence de la diffusion massive de l’information.

Ses questions fondamentales se posent sur le Progrès qu’on envisage alors dans toute sa majesté, notamment grâce à la fée électricité : est-ce une libération ou une nouvelle forme d’aliénation ?

Le ton de Robida est léger, parfois moqueur, avec une prose teintée d’humour et de caricature. Il utilise des illustrations (dans l’édition originale), ce qui renforce le caractère roman graphique avant l’heure. Loin d’être naïf, son style foisonne d’ironie, ce qui rend la lecture aussi plaisante qu’intellectuellement stimulante.

Plus d’un siècle plus tard, La Vie électrique conserve une fascinante actualité

  • Notre monde hyperconnecté fait écho à la vision robidienne.
  • Les débats sur l’intelligence artificielle, la dépendance aux technologies, la guerre automatisée ou l’ultra-médiatisation sont anticipés avec une acuité troublante.
  • Il pose déjà la question du progrès éthique, bien avant l’heure.

La Vie électrique est un chef-d’œuvre d’anticipation, à la fois visionnaire et satirique. Robida y combine avec finesse humour, science-fiction et critique sociale, dessinant un monde futuriste aux accents étonnamment proches du nôtre. C’est un livre précieux pour comprendre la manière dont la modernité technique a pu être rêvée — et redoutée — dès le XIXe siècle.

À lire cet été pour les amateurs de rétrofuturisme, d’utopies technologiques et d’histoire des idées scientifiques.

Si vous ne trouvez pas l’édition originale chez votre libraire préféré, le texte est libre de droits et téléchargeable à de multiples formats sur Wikisource, la bibliothèque du livre.

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