De la ville surchauffée à la ville robuste et habitable : faisons de la nature une alliée pour régénérer et rafraîchir nos villes !

L’ilot de chaleur urbain n’est plus un concept théorique réservé aux urbanistes et thermiciens du bâtiment. Passé le temps des plans d’urgence et de l’achat frénétique de climatiseurs, l’atténuation et la protection contre la surchauffe urbaine deviennent des données structurantes de l’urbanisme et de l’immobilier. Face à cela, la climatisation généralisée des bâtiments serait une dangereuse fuite en avant. Elle amplifie la surchauffe urbaine, augmente nos consommations d’énergies fossiles (même en France), et évince tous ceux qui ne peuvent s’équiper. La bonne échelle d’action est à la fois celle du quartier, du bâtiment et surtout du Zwischenraum (« l’espace entre-deux ») cher aux urbanistes autrichiens. Tous ces espaces communs (galeries, vérandas, cours intérieures, passages climatisés) peuvent être autant de petits refuges climatiques qui mailleront et renforceront la robustesse climatique des villes.
Tribune
09 Sep.
la nature une alliée pour régénérer et rafraîchir nos villes

La première infrastructure climatique de la ville est l’arbre

Non pas l’arbre décoratif ou parasol, coincé dans une fosse minuscule, mais les arbres de pleine terre, adaptés au climat futur, avec un bon indice de surface foliaire, des strates végétales organisées, disposant d’un cycle court de l’eau, et d’espace racinaire dans un sol fonctionnel. Cela implique de recentrer l’action sur la restauration des sols autant que sur les plantations. Le pouvoir de l’arbre en ville n’est pas que dans son évapotranspiration – il est dans son ombre.

Quand on regarde l’indice universel du climat thermique (UTCI) qui intègre le rayonnement reçu par le corps humain, les alignements d’arbres se révèlent 4 fois plus efficaces que les toitures réfléchissantes, 10 fois plus que les toitures végétalisées, et 19 fois plus que les revêtements de sol clairs. La densité bâtie devient alors une alliée pour les arbres eux-mêmes menacés : 76 % des arbres plantés dans les villes occidentales sont à risque thermique d’ici 2050. La ville dense et compacte peut créer l’ombre et la fraicheur qui protègent le vivant, à l’image du Freiraum urbain bâlois (enclave de coexistence du végétal, de la biodiversité et des habitants des villes).

Encore faut-il planter là où vivent les plus vulnérables : cours d’école ou d’EPHAD, pieds d’immeubles locatifs, quartiers populaires et PRU. Santé Publique France a montré qu’à Paris et dans la petite couronne, le risque de mortalité liée à une chaleur exceptionnelle est plus élevé dans les quartiers les moins arborés. A ce titre, l’ANRU 3 pourrait utilement comporter un volet plantation et reboisement des PRU.

La seconde adaptation consiste à rendre la ville à nouveau perméable

Débitumer, rouvrir les sols, créer des noues, jardins de pluie, fosses plantées et cours oasis permet de retenir l’eau au plus près de l’endroit où elle tombe. Parcs, alignements d’arbres, rivières urbaines, mares, sols vivants et trames de fraîcheur forment alors un système, non une collection d’objets isolés.

Empêcher la chaleur d’entrer avant de chercher à l’extraire

Enfin, les bâtiments doivent, eux aussi, renouer avec une intelligence climatique : protections solaires extérieures, volets, brise-soleil, ventilation nocturne, logements traversants, patios végétalisés, toitures claires ou plantées, façades ombragées, isolation adaptée et inertie maîtrisée. La végétalisation ne doit jamais servir d’alibi à une mauvaise conception ; pensée, elle protège les surfaces, retient l’eau, favorise la biodiversité et améliore le confort d’été. Le mot d’ordre est simple : empêcher la chaleur d’entrer avant de chercher à l’extraire.

La transformation des bureaux en logements concentre tous ces enjeux. Les plus de 9 millions de m² de bureaux inoccupés en France offrent une occasion rare de produire des logements sans artificialiser de nouveaux sols. La loi Daubié a créé des outils pour faciliter ces changements de destination. Mais convertir ne signifie pas déplacer quelques cloisons. Plateaux trop profonds, façades entièrement vitrées, absence de balcons, noyaux techniques surdimensionnés ou quartiers monofonctionnels peuvent fabriquer des logements de faible habitabilité. Pour amplifier la timide dynamique autour de ces conversions, il faut à présent ajuster la fiscalité (taxe d’aménagement spécifique et bonifiée sur les surfaces transformées), faciliter le démembrement, sécuriser droits à construire et conventions de surfaces, et pourquoi pas apporter des garanties publiques d’emprunt longs pour ces projets.

La ville robuste ne promet pas l’invulnérabilité ; elle réduit les dépendances, protège les plus fragiles et reste habitable lorsque le climat se durcit. Régénérer la ville, ce n’est pas la couvrir de vert comme on appliquerait un décor. C’est tirer parti du déjà-là, le transformer et l’adapter, en faisant de la nature en ville une alliée !

Nicolas Ledoux, Président du collectif verticalsea

Nicolas Ledoux, collectif verticalsea
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